8 mai 2015

le grand Guy

Du grand Guy, je me souviens d’abord de son sourire qui passait si souvent de part en part de son visage, de ce sourire d’enfant sur un corps de géant. Je me souviens de cette manière qu’il avait de se replier vers moi, pour me parler. Le grand Guy, il était vraiment grand, très grand pour la petite fille que j’étais. Comme un géant à la voix forte et aux épaules larges.

Pourquoi moi ? Pourquoi lui ? On ne sait pas. A deux maisons de chez mémé Etiennette, j’allais souvent passer du temps avec lui, le cousin germain de ma mère et de ses soeurs. J’allais lui raconter ma vie et écouter la sienne d’ancien grand joueur de rugby monté à la capitale une fois, pour la finale de la coupe de France.

Le grand Guy, quand il avait chaud, il se passait la main sur la tête d’une drôle de façon, il faisait une sorte de rond sur son crâne lisse. Le grand Guy faisait du vélo chaque jour, jamais moins de 60 km au compteur. Il éclatait de rire quand je disais que c’était beaucoup. Chez lui tout était un peu grand je crois.

Avec lui, je me souviens de mon petit vélo rouge sans les roulettes le long de la rue Pasteur, en évitant le soleil qui écrase, en cherchant l’ombre près du mur. Je me souviens aussi de la piscine où il m’emmenait dans l’ennui des longs étés audois. De cette colère qu’il a eue contre moi trop petite parce que je ne voulais pas aller voir Juju à l’hospital, parce que j’avais peur et que lui, le grand Guy, probablement dévoré d’angoisse m’en a tenu un peu rigueur, comme un géant maladroit qu’il était. Mais pas longtemps.

Du grand Guy, je me souviendrai des cloppes partagées quelques années plus tard, le soir à la fraiche, lui bien calé dans son fauteuil, l’oeil rivé sur le foot à l’écran, à lui les Marlboro, à moi les Chesterfield. Le grand Guy n’est pas venu à mon mariage et ça m’a rendue malheureuse un peu. Etiennette non plus n’était pas là. Ils manquaient à l’appel tous les deux. Comme aujourd’hui. Les deux voisins. La tante et le neveu. Attachés l’un à l’autre.

Je remercie le ciel d’avoir passé ces deux heures là, l’été dernier, dans son jardin à lui raconter Bordeaux, pendant que mes enfants et le fils de Juju jouaient autour de nous. Je remercie le ciel de l’avoir embrassé une dernière fois et d’avoir ri ensemble. Je remercie le ciel d’avoir décidé de manger à nouveau les meilleurs cannellonis du monde la prochaine fois que l’on se verrait, comme quand j’étais petite. Je remercie le ciel d’être partie joyeuse sans imaginer une seule seconde que je pourrais avoir besoin d’écrire ces lignes dans les mois qui suivaient.

Depuis mercredi, il me faut garder tous ces souvenirs avec moi bien au chaud. Depuis mercredi, le grand Guy n’est plus là. Je pense aux siens, à Juju, ses frères et leur mère. Et pour me consoler, je t’embrasse Guy.

A bientôt bouDU !

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4 commentaires

    j’ai les larmes aux yeux… Quel bel hommage. Je te serre dans mes bras.

    Mamimi

    Je suis très émue par ce bel hommage au grand Guy Merci ma fille je t’embrasse très fort et partage ton chagrin.

      merci maman. bises

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